Alors que le rythme des kidnappings d’Occidentaux ou de personnes considérés comme telles, s’était ralenti ces dernières années, il semblerait que l’activité connaisse un nouvel essor depuis 2024.
Les récents enlèvements d’un citoyen espagnol en Algérie, de quatre chauffeurs marocains au Burkina Faso et de la ressortissante autrichienne, Eva Gretzmacher, au Niger pourraient présager en effet d’une résurgence du phénomène dans la région sahélienne.
Manœuvre de terreur psychologique de de sanctuarisation des territoires, cette activité a d’abord été une tactique des groupes armés terroristes (notamment d’Al-Qaïda au Maghreb islamique – AQMI), visant à financer leurs opérations, acheter des armes et recruter. Entre 2003 et 2010, AQMI avait organisé plusieurs prises d’otages occidentaux contre des rançons colossales (montant estimé entre 61 et 110 millions d’euros).
AQMI s’appuyait alors sur des réseaux criminels qui enlevaient les étrangers pour les lui livrer contre rétribution. Aujourd’hui, l’enlèvement du ressortissant espagnol, le 14 janvier 2024, en Algérie répondrait à un « appel d’offres » de l’État islamique qui proposerait de 100 jusqu’à 250 millions de francs CFA par otage étranger à tout ravisseur qui en livrerait. Ces derniers, qu’ils soient expatriés, travailleurs humanitaires, ou touristes, notamment Européens, restent des cibles de choix, car leurs enlèvements attirent une large attention internationale et offrent de plus grandes perspectives de rançons.
Mais cette économie des enlèvements touche également les ressortissants ouest africains eux-mêmes. Au Mali, au Burkina Faso, au Niger, comme au Nigeria ou au Bénin, des groupes armés ont pratiqué des enlèvements visant à punir des autorités administratives (comme les administrateurs, les maires, les chefs des services et les forces de l’ordre locales), des autorités traditionnelles (chefs religieux, chefs de village,
notabilités) ou des personnes considérées comme proches des autorités (commerçants, hommes d’affaires).
Au-delà du Sahel, la proximité des pays du golfe de Guinée et le vide sécuritaire des espaces frontaliers avec l’AES, nous exposent tous au même risque.
À mesure que les zones d’opération des groupes s’étendent dans les territoires des pays côtiers du golfe de Guinée où opèrent de nombreuses entreprises et organisations internationales, les risques d’enlèvements augmentent. Les frontières entre les pays sahéliens (Mali, Burkina Faso, Niger) et ceux du golfe de Guinée sont perméables et difficiles à surveiller. Les groupes criminels ou terroristes sont en mesure de mener des raids ou des enlèvements ciblés dans les zones frontalières, et même au-delà. Le nord du Bénin, du Togo et dans une certaine mesure de la Côte d’Ivoire et du Ghana, sont particulièrement vulnérables à de telles actions.
Travailler ou se déplacer dans ces zones est, de fait, dangereux. La vigilance est donc, à tout égard, nécessaire. Même s’il faut compter avec la sécurité qu’est censé assurer l’État, les entreprises qui opèrent dans ces zones devront envisager des mesures de mitigation des risques et se doter de moyens qui leur permettront de préserver leurs employés de toute violence, qu’elle que soit leur nationalité. En s’appuyant sur une expertise en gestion des risques de sûreté et de sécurité, ces entreprises devront :
- Mener des études dans les zones d’implantation ou de déplacement de leurs
personnels afin d’évaluer les risques et menaces potentiels. - Identifier de manière précise les zones à haut risque et élaborer un manuel de
conseils et recommandations de sécurité à mettre à la disposition de leurs
collaborateurs. - Prévoir des dispositifs visant à renforcer la sécurité de leurs collaborateurs
(tracking, gardes armés, protocoles de sécurité stricts). - Établir des canaux de communication avec les forces de défense et de sécurité.
Article co-écrit par Hassane KONÉ et Aurore GARNIER